Cette année, ça craquèle de partout. Notre travail a pris les traits de la souffrance.
On veut pourtant bien faire. On veut malheureusement tout faire. On finit par faire à tous prix en suivant une déontologie moribonde. Mémorable ! De montreur d’ours à montreur d’art contemporain, il n’y a qu’un petit pas.
Surmenage, énervement, boulot vite fait, en haletant.
Ce montage d’exposition devient une croisade mentale en dents de scie. Aucune cuirasse ne peut résister à ce rythme effréné. Les vieux de la vieille comme les nouveaux morflent. Craintifs, certains se cramponnent à leur poste de contrôle. On renifle et on pleure dans les coins de bureau. L’équipe semble dépareillée. Notre habituel melting-pot de compétences et d’aptitudes est boudé, parfois méprisé, clairement dépecé chaque jour un peu plus.
C’est le couvre-feu sur les ressentis des travailleurs, des laborieux. Et un jour pourtant on explose de rage et de désespoir cumulatifs avec cette question lancinante :
-Qu’est-ce que je fiche encore là ?
Certains restent, naviguent autours du prince sans savoir vraiment quelle attitude adopter, quelles dispositions prendre.
Il y a les courtisans du prince qui mendient leur travail.
Il y a les séducteurs invétérés, les aguicheurs.
Il y a les sans-scrupules.
Il y a aussi les ambitieux qui passent du livide au cramoisi à chaque phrase du prince.
-Et vous repeindrez ce mur pour demain en jaune canari. L’artiste a dit. L’artiste a parlé. Et encore une fois ce sont les laborieux qui exécutent qui accomplissent. Et leurs belles mains deviennent cradingues de mépris.
Il y a ceux qui se fichent du prince mentor qui fait caca comme tout un chacun.
Il est sacrément culotté ce prince suisse beau parleur et sacré con. Sur sa méridienne, il sirote sa menthe à l’eau en mordillant la paille empoisonnée.