Marifette's Blog

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Philippe Meyer septembre 6, 2009

Filed under: Citations clandestines,exotisme, néo-colonialisme — marifette @ 12:47

“Le tourisme est le moyen qui consiste à amener des gens qui seraient mieux chez eux dans des endroits qui seraient mieux sans eux.”

 

Confucius septembre 6, 2009

Filed under: Citations clandestines,exotisme, néo-colonialisme — marifette @ 12:42

“Le plus grand voyageur est celui qui a su faire une fois le tour de lui-même.”

 

Philippe Meyer septembre 6, 2009

Filed under: exotisme, néo-colonialisme — marifette @ 12:40

“Un touriste se reconnaît au premier coup d’oeil. C’est un individu habillé d’une manière telle que s’il se trouvait dans son propre pays, il se retournerait dans la rue en se voyant passer.”

 

Djanet préfabriquée août 12, 2009

Djanet est devenu une réserve…Il n’y a pas d’indiens, seulement des touarègues qui s’ennuient dans des maisons avec des grand M,  derrière des murs de pierre et de bétons. Des murs bien trop durs, bien trop clos pour leur tempérament poète, leur verve troubadour, leur esprit rebelle.

Comme endurcis par la rigueur du désert qui n’admet aucun superflu, les touarègues ne meublent pas, ne garnissent pas, n’ornent pas leur habitat. Ils campent. Ils campent entre les cloisons des maisons ou plutôt ils habitent au sens strict du terme. On pourrait parler d’habitat précaire. On dirait plutôt habitude du précaire et de l’éphémère qui les poussent à ne pas s’installer, s’implanter, édifier. Le pastoralisme rend l’homme pur, libre et digne. Le voyage d’affaire a pourtant remplacé peu à peu le pastoralisme nomade chez les touarègues. On part à Illizi, à Gardel, à Ouargla pour affaire.

Ici aussi, dans l’urbanisation sauvage de Djanet, le temps est suspendu apparemment presque comme au désert. Seulement, c’est un temps qui a perdu son empressement, sa vigueur. C’est un temps hors course. C’est un temps morbide, un temps presque cadavérique. La rêverie émanant des espaces sans fin a donné place à une apathique amertume. Reste cette patience coriace que le drastique désert a accordé aux Touarègues, leur a heureusement légué. Une patience que les visiteurs mal avertis confondent à tord avec de l’impassibilité ou encore de l’indolence.

A Djanet, reste le vent et seulement lui qui manifeste la présence du désert. Un vent de sable fin que l’on entend grésiller entre deux feuilletons turcs ou brésiliens que se disputent les jeunes et jolies targuies à la mode arabe.

Le réseau internet part et revient au grès des intempéries et du bon vouloir des administrateurs du nord qui souhaitent parler en termes de réseau urbain, de trottoir, de travaux publics. On applique les codes de l’Occident à un espace à l’origine vécu sans frontières par ses habitants, à un espace sans chemin tracé, sans canalisation ni fils électrique, sans téléphone.

 

Bienheureux banal juillet 27, 2009

A force d’avoir les yeux rivés sur la télévision, l’ordinateur, nous avons négligé nos paysages. Banalisation de notre environnement le plus proche. L’ordinaire, le banal sont devenus insignifiants. On recherche l’exotisme et le dépaysement.

Observer le cheminement d’une colonie de fourmis rouges qui tentent son entrée dans la maison, ça remet les pieds sur terre pour quelques heures !

 

Djanet, bientôt juste un beau paysage …Quand une culture se transforme peu à peu en folklore…. juillet 20, 2009

 

Tandis que dans les Ajjers, le désert se vide de ses populations nomades poussées à la sédentarisation presque forcée, il devient juste un espace récréatif, un champ de loisirs  pour quelques êtres humains déguisés en quechua en quête d’exotisme.

Apogée du tourisme quand tu nous tiens…Et déclin du désert comme lieu de vie, espace vital, zone de transhumance. Et vice versa.

De la pratique écologique du désert à travers le pastoralisme et la vie des nomades, on passe à une utilisation marchande du désert pour quelques grosses entreprises souvent étrangères qui exploitent intensément les sous-sols au mépris des populations locales. On passe aussi à un usage commercial du désert pour certains touaregs ou faux-touaregs avertis et convertis en businessmen chéchés pour l’occasion. Certains portent même des montres de gros calibre et conduisent d’imposants 4X4 flambant neufs. Plus brillant que moi, tu meurs.

Djanet Far-Est du Sud algérien ou tous les coups touristiques sont admis. Certains amassent des fortunes considérables tandis que d’autres s’entassent dans des maisonnettes étouffantes de chaleur construites par des SARL chinoises avec des matériaux bon marché. Les caravaniers ont été remplacés par des épiciers venus du nord de l’Algérie qui se sucrent allègrement sur le dos des populations locales.

A Djanet, le chèche devient comme un des accessoires parmi les autres au milieu du grand déballage folklorique que sont devenues la Sebeiba et autres festivités.

Dans les charters, on entend des « ils sont gentils là-bas » sans trop savoir ce que ce là-bas signifie. On parle des possibles retard et de la rentabilité du voyage. En Europe, dans les brochures touristiques on énumère les agences de voyage, les tours opérateurs. On emploie les mots découverte, aventure, trekking, randonnée chamelière. On donne des conseils avisés sur les équipements utiles et nécessaires à ce voyage qui pour certains prend l’allure d’un périple. On fait des listes exhaustives de choses et d’autres à ne pas oublier. On récapitule, on construit le voyage mythique. On évoque les conditions météorologiques et opérationnelles. Il y a les experts en Europe qui vous conseillent et garantissent les itinéraires en toutes sécurités. Et puis enfin il y a sur place le guide, sympa, serviable, payé humblement. On parle de guide, de cuisinier, de chauffeur presque comme à la belle époque du colonialisme. Le chef d’agence locale a établi précisément les aires de bivouac  afin que les visiteurs s’endorment devant « la belle vue » et se réveillent devant le « panorama » tant attendu, désiré, rêvé. Il leur fera certainement oublier pour quelques jours l’asphalte asphyxiant des grandes métropoles, le quotidien du bureau, du métro, de l’appartement. Et on finira par rapporter un beau souvenir de Djanet glané sur un des souks.

Finalement, « on s’amusera à faire du feu », on « jouera à faire du thé » devant ce qui devient « juste un beau paysage » le temps d’une semaine en presque toute sécurité.

Certains auront des exigences, ils commanderont des tentes via le tour opérateur, d’autres se plaindront dès la seconde nuit des matelas précaires. Certains voudront de l’eau en bouteille, tentative veine d’échapper à la fameuse turista qui se faufilera dans tous les intestins étrangers. Certains raconteront aux amis et à la famille avec photographies à l’appuie comment « ils ont fait » le Tassili. La plupart auront  glissé dans la poche de leur polaire quatre étoiles le livre d’André Lhôte à l’ambiance ethnocentriste acheté à la librairie des nouveautés dans le 6ème arrondissement parisien.

L’enracinement n’est plus à la mode. On veut se changer les idées. On recherche ailleurs l’insolite, l’inédit, le nouveau. Mais pas à tous les prix, ni à toutes les conditions.

Pendant ce temps-là, est-ce que des agences touristiques proposent aux maliens, togolais et nigériens de visiter la tour Eiffel ou l’arc de triomphe avec arrêt à la tour d’argent ?

 

‘L’ombre et le soleil juillet 20, 2009

Filed under: exotisme, néo-colonialisme — marifette @ 10:44
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Dans la salle d’attente d’un médecin toulousain, il y a une fille enceinte jusqu’au cou. Elle porte des tresses épaisses cradingues qui s’échappent de sa tignasse blonde, le genre « trop cool ». Elle parle, elle parle, elle n’en finit pas de parler avec des « tu » :

« J’avais une vie de fou furieuse, alors avec Alfonso on est allé trois mois au soleil ».

« Le Mexique, c’est trop cooooool, les gens sont sympaaaaaaaa et les loyers pas chers. Tu bouffes bien pour quedal… »

« On s’est posé, tu vois »

Je l’ai regardé, interloquée.

Dans ma tête agaçée, il m’ait venue cette phrase:

“Et les gens au soleil, ils veulent aller trois mois à l’ombre?”

Sauf que pour eux, c’est stress maximum in the street, bouffe infâme dans les leaders prices et dos bousillé pour le restant de leur vie grâce à un jeu qui consiste à porter des sacs de plâtre sur des chantiers non identifiés.

 

 
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