Ce « elle-même » qu’elle n’accède pas, qu’elle n’a pas encore rencontrée et qui l’effraie.
Ce « elle-même »qu’elle tente de gagner vite, trop vite avec cette impatience des femmes d’aujourd’hui; c’est une bataille, une affaire d’état d’être.
Ce «elle-même » qu’elle aborde avec des quantités de complexes alentour, avec des yeux interrogateurs, des yeux qui scrutent un passé houleux, un horizon brouillé.
Pendant son enfance -je n’en suis pas certaine-mais il semblerait que c’est toute la partie pragmatique de son éducation qui n’a pas fait son effet. La sauce n’aurait pas prise.
La paralysie des parents peureux. Education couarde.
On l’a aimé, oui sans doute.
A leurs manières, ses parents l’ont aimé comme ils pouvaient, avec ce qu’ils avaient eux-mêmes reçu en héritage de leurs parents, de leurs grands-parents et arrières grands-parents.
Elle assurait et rassurait tout le long de la journée, de la nuit, des jours qui passent, du temps qui s’écoule.
Elle s’occupait de tout, gérait ses désirs, manageait ses envies, réglementait ses dires. Et ça fermentait en non-dits pesants et souvent déplaisants.
Car devant elle se dressait une mère aux yeux éternellement inquiets.
Elle assurait avec ses minces épaules de petite fille, puis d’adolescente sans armature.
Ce « elle-même » n’existe pas encore vraiment. C’est comme un brouillon écrit au crayon à papier, effaçable à souhait. Un brouillon ou les traces de gomme sont tout de même présents.
Alors, elle s’agrippe à tout ce qui passe, à toute âme qui vive et qui passe sur son chemin, elle s’accroche comme une dératée. Elle immobilise ses proies.
Et finalement, on dévalise le peu « d’elle-même ».